MAMIE JANINE

L’esthétique surannée des photos de glanes et d’art découle de mon goût pour les archives. Travailler ces vieux papiers me rappelle à l’enfance, que j’ai passée à explorer entre nature et grenier,

au milieu des reliques conservées par Mamie Janine.

Les archives de Mamie Janine, c’était des objets de famille devenus antiquités. Et une armoire, débordante de photos, livres et cahiers, de souvenirs d’une vie où elle était paysanne. Des souvenirs qu’elle conservait presque en secret pour se construire une nouvelle image de femme moderne. Elle avait été fille, elle avait été femme, elle avait été mère, et s’est retrouvée veuve. Alors à quarante ans elle a vendu la ferme pour gagner la ville.

Son fils, marié et installé à Paris, Janine embarque ses vieux parents Louisa et Gustave dans la camionnette, pour prendre la tangente des 60´s. Comme la Gudule de Vian en 55, elle est décidée à embrasser les causes étincelantes du progrès, et des Yéyés. Coiffée de sa choucroute et ongles peints en rouge, Janine allait troquer la culture des blés pour le rayon quincaillerie du 11-19 rue Sainte-Catherine, aux Dames de France bordelaises.


J’ai vraiment grandi dans ces archives. Divagant des heures dans l’histoire de ces gens. (Je dis ces gens, parce que j’ai ce sentiment d’archives communes. Ayant bien plus tard, collectionné les vieilles correspondances et photos oubliées, j’ai été saisie par les ressemblance entre toutes. De ces histoires de familles se dessinant sur une même toile de fond.)

Petite, entre 7 et 10 ans, je jouais à suivre la piste d’un carnet ou d’une photo pour retrouver les liens entre mes ancêtres et mes vivants.

Plus tard, la mémoire de ces jeux d’enfant m’a menée à une fracture plus grande que les archives personnelles de Mamie Janine. Celle de l’exode rurale et du déni du vivant au profit de l’incontournable confort de la modernité.


L’esthétique surannée n’est pas un effet de style, même si en effet, elle me plait ! Mais une manière d’exprimer la brèche sociétale, de notre lien au vivant.

Et tenter de la panser comme plaie, par des .raccords mineurs.


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